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Black is Beltza

« Black is Beltza II. Ainhoa » : un condensé révolutionnaire, punk et à la basque de la lutte mondialisée

Le Monde

Le deuxième volet du film d’animation créé par Fermin Muguruza, sorte de « Corto Maltese » en plus violent, plus anar, plus sexe, ne s’embarrasse pas de plausibilité narrative.

Voici un film d’animation qui, pour le moins, déménage. Une sorte de Corto Maltese à la basque, en plus violent, plus anar, plus sexe, plus punk. L’auteur, Fermin Muguruza, né à Irun (Espagne) en 1963, militant de la cause basque, s’illustra sur la scène punk rock dans les années 1980 avec le groupe Kortatu, avant d’évoluer vers une musique sensiblement plus world et, surtout, d’essaimer sa soif inextinguible de création dans les domaines les plus variés.

C’est ainsi qu’est édité, en 2015, son roman graphique Black is Beltza (Bang), dont une première adaptation animée voit le jour au cinéma, en 2018. Le récit, mixte d’espionnage et de geste révolutionnaire, se concentrait alors entre Cuba et les Etats-Unis dans les années 1960, dans un monde en pleine guerre froide, mais électrisé par l’effervescence des mouvements d’émancipation mondiaux.

Effervescence psychique

Un deuxième volet sort aujourd’hui, qui se déroule vingt plus tard, à la fin des années 1980, dans un monde reconfiguré par la fin de la guerre froide. Son héroïne, Ainhoa, est la fille de Manex, personnage principal du volume précédent, exfiltré à Cuba pour échapper à un assassinat fomenté contre lui par la CIA. La jeune et fougueuse cubaine, orpheline de mère, assassinée en Bolivie, ne connaît pas non plus son père, qui ne lui a rendu que de rares et lointaines visites, mais va se mettre dans ses pas en voyageant au Pays basque, où elle rallie un mouvement de jeunesse indépendantiste et fait connaissance avec sa grand-mère. Ce serait toutefois mal connaître l’effervescence psychique de Muguruza pour penser que le réalisateur va sagement s’en tenir à cette version locale de la lutte mondialisée[…]

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“Black is Beltza II : Ainhoa” zineman asteazkenetik aitzina

Gure Irratia

Black is Beltza lehen atala, 2018an atera zen. 60-70garren hamarkadan murgiltzen zen Manex-en bidaia politikoa, eta maitasun bidaia segitzen genuen. Bigarren atalean 80garren hamarkadan, Amanda kubatarraren eta Manexen alaba izango da protagonista: Ainhoa.

Azaroaren 4an egin zuten estrenaldia Baionako Atalante zinegelan. Bertan ziren Fermin Muguruza egilea, Jone Unanua ekoizlea, beren ahotsa eskaini duten Manex Fuchs, Maryse Urruty eta Iban Rusiñolekin mintzatu gira. Azaroaren 11an hedatu genuen emankizun osoa entzun.

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Premiere

BLACK IS BELTZA II: AINHOA ⭐⭐⭐

Drôle d’objet que ce film d’animation basque (c’est une suite, mais pas besoin d’avoir vu le premier Black is Bletza sorti en mai 2019 chez nous dans une seule salle, semble-t-il) adapté d’une BD. De Cuba à Kaboul en passant par Marseille, c’est l’histoire d’une jeune métisse suivant une enquête chaotique mêlant trafic de drogue, barbouzes, complots politiques et terrorisme à la fin des années 80. Imaginez la rencontre entre American Death Trip de James Ellroy avec les visuels de GTA : Vice City sur fond de musique punk et d’affirmation politique d’extrême-gauche -avec une généreuse dose de violence et de sexe pour lier le tout. Oui, drôle d’objet, mais au fond plutôt cohérent, et même carrément tripant. Amateurs, amatrices de tous pays, unissez-vous, et foncez le voir. Petit bonus marrant : Corto Maltese fait un caméo dans le film, saurez-vous le retrouver ?

Sylvestre Picard

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« Cette suite raconte le récit d’après nos points de vue »

Mediabask

Après quatre années de préparation, Fermin Muguruza a sorti « Black is Beltza : Ainhoa ». Dans cet entretien à MEDIABASK réalisé la veille de l’avant-première au cinéma L’Atalante de Bayonne, le 4 novembre, le cinéaste revient sur le processus de création.

« Ainhoa » a été projeté en avant-première le 4 novembre au cinéma L’Atalante de Bayonne. Concert, talo, vente de BD et de disques, discussion… Quel était l’objectif de ce riche programme ?

Après la sortie du film dans les salles de l’État espagnol, la séance de Bayonne était la première avant-première au Pays Basque Nord. Jusqu’au 16 novembre, il y en aura d’autres pour continuer de chauffer l’ambiance. Nous avons devant nous les administrations espagnoles et françaises, ce qui nous oblige à faire cette distribution. Maintenant, en arrivant au Nord, nous voulions faire une belle présentation, c’est pourquoi nous avons décidé de la faire à L’Atalante, qui a également diffusé le précédent film.

Nous leur avons dit que nous voulions faire quelque chose de différent. Nous étions donc douze personnes de l’équipe, mais il y avait aussi de la musique, des talo de l’ikastola de Bayonne et un stand de la librairie Elkar avec des bandes dessinées et des disques. L’idée n’est pas de faire un projet vide, de ne pas se présenter et de ne pas dialoguer ; l’idée est de se rencontrer. Après la pandémie, nous souhaitons que les gens profitent de la musique et de la bonne chère, se réunissent et échangent. Avec le film, nous revendiquons la notion de communauté et nous voulions lancer cette revendication à Bayonne pour dire que nous sommes toujours en vie.

Vous ferez ensuite une tournée au Pays Basque Nord, mais aussi dans l’État français. En fonction de quels critères choisissez-vous les lieux ?

Au Pays Basque Nord comme dans l’État français, nous avons choisi les capitales parce qu’elles sont importantes, parce que le public a très bien répondu au précédent film, et aussi parce que j’ai historiquement une grande relation avec ces capitales, car j’y ai présenté des concerts, soit avec le groupe Kortatu, soit avec Negu Gorriak, soit en solo.

« Ainhoa » en est à sa cinquième semaine d’exploitation. Comment vivez-vous le premier mois de la première du film?

Il convient de souligner la présentation que nous avons faite au Zinemaldia de Donostia, devant trois mille personnes. C’est ce qui nous a encouragés à réaliser le parcours que nous avons fait ensuite. Ces trois mille personnes se sont jointes à nous, dans un lieu très emblématique (le Vélodrome), où nous nous sommesproduits en concert avec Negu Gorriak pour célébrer la victoire de la procédure judiciaire que nous avait imposée le colonel Galindo.

Vingt ans plus tard, nous avons choisi le même endroit pour présenter le film. Il est dédié à mon frère Iñigo et je pense que les gens sont venus avec l’envie de montrer de l’amour. Le public est entré avec l’envie de respirer le film avec nous. Cela nous a beaucoup motivés et nous avons fait des présentations dans d’autres endroits. S’agissant d’un film en euskara, bien que sous-titré, nous en sommes sortis très forts. Maintenant que nous arrivons à la sixième semaine, c’est au tour du Nord et de l’État français.

Nous faisons tout cela avec beaucoup de joie, sinon nous n’aurions pas la force de faire avancer les choses. Le précédent film nous avait demandé quatre ans de travail, de 2014 à 2018, et quatre autres cette fois-ci, de 2018 à 2022. Quand vous passez quatre ans à travailler sur quelque chose, vous devez tout donner pour montrer partout ce que vous avez fait.

Beaucoup de spectateurs pouvaient s’attendre à la suite des aventures du protagoniste du premier film, Manex, mais une femme, sa fille Ainhoa, est apparue à la place. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision ?

J’ai souvent fait des choses de ce genre dans la vie ! Je coupe court aux attentes des gens. Par exemple, les gens pouvaient s’attendre à ce que je continue avec Kortatu, mais deux ans après avoir arrêté, je suis arrivé avec un nouveau groupe, Negu Gorriak. Le fait que les gens ne s’y attendent pas, je crois que c’est ma marque de fabrique. Au lieu de faire la prochaine aventure de Manex, je place l’histoire 21 ans plus tard et je raconte celle de sa fille, parce que cela m’intéressait beaucoup de travailler sur les années 1980.

Le film « Ainhoa » reprend de nombreux événements survenus dans un passé pas si lointain au Pays Basque, étroitement liés au conflit au Pays Basque. Dans quel but avez-vous sélectionné les faits ?

Je choisis les événements d’ici, du Pays Basque, parce qu’il est très important pour moi d’expliquer ce qui s’est passé ces dernières années autour de la répression : comment le gouvernement espagnol a organisé la guerre sale avec la complicité du gouvernement français, pourquoi une drogue aussi dure que l’héroïne, qui était une autre arme de la guerre sale, a été introduite et distribuée…

Je ne veux pas seulement raconter ce qui s’est passé ici, mais le lien entre ce qui se passait au Pays Basque et ce qui se passait dans le monde. À l’époque du sandinisme au Nicaragua et du gouvernement socialiste en Afghanistan, les États-Unis et tous leurs alliés se sont unis pour faire abandonner ces projets. Ils ont mis toutes leurs forces, y compris de l’argent pour introduire de la drogue dans ces deux endroits. Cette vague d’héroïne nous est arrivée dessus et c’était un gros défi de l’intégrer dans une histoire d’aventure, mais j’étais convaincu qu’y arriver serait une très belle chose.

D’après vous, que permet le fait de travailler le cinéma d’un point de vue historique ?

Dans le cinéma d’aujourd’hui, tout se fait d’un point de vue et il y a donc une imposition de certaines choses. La plupart du temps, nous voyons des films réalisés à partir d’un certain regard qui défendent en quelque sorte le statu quo du moment. Oser et essayer d’offrir d’autres réalités au cinéma est toujours un défi, d’autant plus qu’il est basque, pour montrer au public qu’il peut être attrayant et qu’il est possible de profiter du cinéma en basque aussi.

Le premier volet de « Black is Beltza » est disponible sur Netflix dans différentes parties du monde. Pensez-vous que des plateformes comme Netflix profitent à la diffusion du cinéma basque ?

Il y a d’une part, dans le fait d’être présent sur des grandes plateformes comme celle-ci, une contradiction idéologique : elles ne cherchent qu’un profit financier, elles essaient de payer le moins possible d’impôts… D’autre part, nous devons regarder où se mène la bataille idéologique : sur ce genre de plateformes. Si nous avons la possibilité de nous positionner sur ce champ de bataille, nous sommes bien placés dans cette lutte. Du point de vue de la production culturelle, y compris la vision historique, culturelle et sociale que nous offrons derrière elle et en langue basque, il s’agit d’un outil de transmission et d’accès à toutes les personnes qui consomment le matériel qui existe sur ces plateformes numériques.

On pourrait dire que votre cinéma s’inscrit dans le mouvement Pantailak Euskaraz (Écrans en Euskara) et qu’il en fait partie.

Je me suis pointé partout avec ce T-shirt ! Dès le lancement de cette plateforme, j’ai vu que c’était absolument nécessaire. Si nous ne voyons pas comment faire face à l’invasion continue des autres contenus, nous finirons par faire des choses qui ne sont que folkloriques et ce n’est pas suffisant. Je sais que c’est dur, mais soit on commence à réfléchir à la façon de protéger le contenu en basque, soit on est fichus. On cherche des films d’animation pour adultes sur Netflix et « Black is Beltza » apparaît, ici, au Liban, au Brésil, au Japon… Ça peut atteindre un milliard de personnes. C’est pourquoi je le considère comme un espace de lutte. On a réussi avec le premier, on verra avec le second.

Après la sortie du deuxième film, vous avez sûrement des projets pour l’avenir…

Je voudrais inviter tout le monde à partir de 16 ans à aller au cinéma, car on peut revendiquer beaucoup de choses, mais il faut soutenir les contenus. Les cinémas sont des espaces de lutte importants, quelques fois dans l’année il y a quelque chose en basque et que cela vous plaise ou non, il faut y aller par militantisme. Si le public ne répond pas, il disparaît.

Il faut se battre pour que les gens sachent que tu as fait ce boulot. Nous n’avons pas les moyens de mettre des annonces partout. D’où la période actuelle d’avant-premières et de présentations. Nous irons de festival en festival et je prendrai l’été pour réfléchir au prochain projet. De temps en temps il faut laisser les haches là, les aiguiser ; nous continuerons plus tard à couper des troncs.

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